Présenté en création mondiale au Festival d’Aix-en-Provence, L’Apocalypse arabe du compositeur Samir Odeh-Tamimi s’inspire du poème éponyme d’Etel Adnan, figure majeure de la littérature et de la pensée contemporaines. Mise en scène par Pierre Audi, l’œuvre transforme l’espace de représentation en une expérience immersive où musique, lumière, scénographie et spatialisation sonore participent à une même dramaturgie.
L’impressionnante scénographie conçue par Urs Schönebaum plonge le public au cœur de l’action. Quatre vastes plateformes sur lesquelles évoluent les interprètes entourent les spectateurs, tandis que l’orchestre occupe le centre du dispositif.
Quatre éléments scénographiques inspirés de l’univers visuel d’Etel Adnan structurent l’espace : le Soleil et l’Éclipse se font face sous la forme de deux immenses structures lumineuses, tandis que l’Étoile et l’Horizon sont évoqués respectivement par un projecteur unique et une longue ligne de lumière.
Dans cette configuration ingénieuse, le public est invité par Pierre Audi à orienter son regard dans toutes les directions. Une installation immersive de 36 enceintes, spécialement conçue pour la production, accompagne ce mouvement du regard à travers le son grâce au processeur de spatialisation HOLOPHONIX.
La diversité des algorithmes proposés par HOLOPHONIX nous a permis, avec Norbert Ommer, d’affiner précisément les enjeux sonores liés à la scénographie, à la disposition spatiale et à la complexité vocale de la partition. Nous avons retenu deux algorithmes pour cette œuvre : la Wave Field Synthesis (WFS), qui permet une localisation précise et naturelle des sources sonores, et le KNN, un algorithme de spatialisation fondé sur le panoramique par intensité offrant une très grande souplesse d’utilisation,
explique Clément Vallon, ingénieur son.
Cette adaptation de l’œuvre d’Etel Adnan réunit sept interprètes : « Le Témoin », unique rôle soliste chanté par Thomas Oliemans, un chœur féminin composé de Camille Allérat, Pauline Sikirdji, Fiona McGown, Camille Merckx et Helena Rasker, ainsi que « L’Étranger ».
Dans son livret, Claudia Pérez Iñesta décrit ce chœur comme un corps unique et neutre doté de cinq têtes multidirectionnelles. Cette métamorphose permanente produit une palette de timbres et de voix vertigineuse pour le spectateur, créant une sensation proche d’un effet de rotation continue.
La précision de localisation offerte par l’algorithme WFS nous a permis de travailler avec Norbert Ommer, Ilan Volkov, directeur musical, et Samir Odeh-Tamimi, compositeur de l’œuvre, sur une spatialisation du chœur fidèle à l’écriture de la partition. Tantôt précisément localisées dans les passages les plus narratifs, les voix pouvaient également être réunies afin de créer une fusion et faire entendre le chœur comme une entité unique, parlant d’une seule voix,
ajoute Clément Vallon.
La voix de « L’Étranger » a également bénéficié d’un traitement particulier. Préenregistrée en arabe par le compositeur lui-même, elle est diffusée exclusivement par les enceintes situées en hauteur, à la manière d’un murmure suspendu au-dessus du public.
Le compositeur et le chef d’orchestre souhaitaient conférer à cette présence vocale une dimension éthérée. Pour cela, l’équipe a utilisé l’algorithme KNN associé à un léger mouvement de balancement dans l’espace.
Les nombreux paramètres proposés par HOLOPHONIX nous ont permis d’ajuster avec précision la diffusion de cette voix sur l’ensemble des enceintes, en optimisant à la fois son intelligibilité et son mouvement dans l’espace,
conclut Clément Vallon.











