Pour la Nuit Blanche 2026, l'artiste et chercheuse Marie-Luce Nadal investit l'église Saint-Laurent avec une œuvre sonore inédite : Sous la peau du ciel, une installation sonore immersive qui transforme l'atmosphère terrestre en matière vivante. Des milliers de souhaits collectés à travers le monde y dialoguent avec des éclairs détectés en temps réel, donnant naissance à une cartographie sonore en perpétuelle évolution.
Au cœur de cette expérience, HOLOPHONIX assure la spatialisation de plus de quarante sources sonores diffusées à travers un réseau de 80 enceintes déployées dans l’église. Chaque voix, chaque éclair, chaque mouvement sonore trouve sa place dans l'espace, faisant de l'église un vaste paysage atmosphérique où l'intime rencontre le planétaire.
Une cartographie de l'atmosphère
Marie-Luce Nadal explore depuis toujours les phénomènes atmosphériques, nuages, foudre, vents, comme des matières à capter, traduire, et rendre sensibles. À la croisée de l'art, de la science et de la fiction, elle conçoit des dispositifs qui interrogent notre relation au vivant et aux dynamiques invisibles qui nous entourent.
Avec Sous la peau du ciel, elle prolonge cette recherche sous une forme nouvelle. Pour la première fois, l’artiste choisit le son comme médium principal.
On nous montre sans arrêt des cartes terrestres ou célestes, mais jamais atmosphériques. Pourtant, on est des êtres d'atmosphère. On vit dans l'air. On est très bombardés de visuels. Mais savoir exprimer ce qu'on désire vraiment, ça passe par la parole. Et la parole, ça nous ramène au son, à cette vibration qui sort de l'être lui-même,
explique Marie-Luce Nadal.
L'œuvre part d'un geste participatif : depuis le mois d'avril, des milliers de personnes ont été invitées à déposer un souhait par téléphone. Ces voix anonymes, petits et grands, francophones ou non, forment une collection de désirs intimes venus du monde entier.
Le soir de la Nuit Blanche, ces voix prennent place dans l'espace de l'église selon la géographie des éclairs détectés en temps réel par le réseau participatif Blitzortung. Chaque coup de foudre déclenche un souhait. Chaque position dans le monde devient une position sonore dans la nef.
Ce qui fabrique l'atmosphère, ce qui fabrique ses éclairs, ce sont des désirs ardents, des énergies, des tensions qui proviennent de tout élément vivant et qui n'attendent qu'une seule chose, c'est d'être assouvis,
poursuit Marie-Luce Nadal.
L'œuvre se déploie en deux couches simultanées. Un paysage sonore signé Arthur Doué, entièrement construit à partir de voix humaines et de souffles, traverse cinq états atmosphériques, de la surface de l'espace jusqu'au battement de cœur. Par-dessus ce paysage circulent les souhaits, spatialisés selon la géographie en temps réel des éclairs.
C'est ramener le collectif à l'intime de chaque personne. Ramener chacun de nous à sa puissance d'énergie,
résume Marie-Luce Nadal.
La traduction de cette cartographie en expérience spatiale a été rendue possible par HOLOPHONIX. Le dispositif a été conçu par Adrien Revel, architecte et co-producteur du projet via son studio AKER. Tout part d'un modèle 3D de l'église réalisé sous Rhino, où sont positionnées à la fois les enceintes et les projecteurs DMX. À partir de ce modèle, un outil développé sous Grasshopper exporte automatiquement la configuration vers les deux briques de diffusion : HOLOPHONIX pour le son, et BlinderKitten pour la programmation lumière. Une même source géométrique alimente ainsi la spatialisation sonore et lumineuse.
Développer ces outils d'export sur mesure demandait de bien comprendre le système. La documentation d'HOLOPHONIX est solide et l'équipe très disponible, ça a beaucoup facilité le travail,
explique Adrien Revel.
Le cœur du dispositif est un patch Max/MSP, développé par Matteo Bonnasse, ingénieur du son chargé de la spatialisation. Le patch centralise les souhaits et le paysage sonore. Il reçoit en temps réel les données de foudre qui permettent le déclenchement des voix, et selon leur nature, génère leur mouvement dans l’espace. Le positionnement des sources est contrôlé depuis Max et communique en OSC avec HOLOPHONIX, qui décide à chaque instant sur quelle enceinte diffuser chaque voix.
Plus de quarante sources sonores évoluent simultanément dans l'espace de l’église. Réparties sur 80 enceintes, elles composent une géographie sonore mouvante qui reflète en temps réel l'activité électrique de l'atmosphère terrestre.
L'acoustique naturelle de l'église Saint-Laurent, particulièrement réverbérante, participe pleinement à l'œuvre. Aucun traitement artificiel n'est ajouté, les sons se déplacent dans l'espace réel du lieu.
Comme c'est la première fois que l'œuvre est jouée, il y avait tout à écrire, tout à penser. Et comme c'est une œuvre purement sonore, l'écriture spatiale fait partie intégrante de la création,
évoque Matteo Bonnasse.
Un workflow pensé pour évoluer
Au-delà de la spatialisation, l'un des atouts déterminants du projet réside dans la continuité du workflow entre les différentes configurations de diffusion.
Ce que je trouvais intéressant avec HOLOPHONIX, c'est que ça marche avec tout, quelle que soit la marque d'enceinte. C'est complètement agnostique. Souvent, les autres solutions sont propriétaires. HOLOPHONIX, lui, marche avec n'importe quel matériel,
précise Adrien Revel.
L'œuvre a été pensée dès l'origine comme un dispositif itinérant capable de s'adapter à des lieux très différents : gares, espaces de transit, lieux patrimoniaux ou centres d'art. Qu'elle soit présentée sur 80 enceintes dans une nef ou sur une configuration plus légère en galerie, l'équipe conserve le même environnement de travail et la même logique de spatialisation.
On reste dans le même système pour la diffusion. C'est génial parce qu'on passe du processeur à la version Native sans changer notre façon de travailler,
souligne Adrien Revel.
Pour Matteo Bonnasse, cette continuité s'est également traduite par une prise en main rapide de l'écosystème.
La communication OSC entre Max et HOLOPHONIX, c'était simple,
témoigne Matteo Bonnasse.
Une œuvre conçue pour voyager
Présentée pour la première fois dans le cadre de la Nuit Blanche 2026, Sous la peau du ciel constitue une première étape dans le développement d'un projet appelé à évoluer. Si cette version repose sur des souhaits préalablement collectés et des données de foudre reçues en direct, les prochaines itérations pourraient intégrer une participation du public en temps réel.
J'espère qu'on pourra continuer avec HOLOPHONIX. C'est une version que j'espère augmenter et détailler un peu plus,
conclut Marie-Luce Nadal.
Crédits photos — © Helen Karam






